Portage salarial : pourquoi simuler son salaire avant de se lancer ?
Le portage salarial séduit un nombre croissant de consultants et de cadres en quête d’autonomie, mais la question du revenu réel reste souvent floue au moment de franchir le pas. Entre frais de gestion, charges sociales et fiscalité, le glissement du chiffre d’affaires au net en main suit une chaîne de calcul que beaucoup sous-estiment. Faire une simulation de portage salarial sérieuse, avant de signer quoi que ce soit, évite bien des désillusions.
Un marché mature, des revenus très variables
Le secteur compte aujourd’hui plus de 43 000 salariés portés et génère 2,05 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le CDI y représente désormais 67 % des contrats, contre 35 % en 2015, signe d’une professionnalisation réelle. Le taux horaire brut moyen a atteint 38,4 € en 2022, soit une hausse de 12 % en un an, la plus forte jamais enregistrée dans les rapports de branche.
Pourtant, les portés travaillent en moyenne 714 heures par an, soit environ 40 % d’un temps plein. La rémunération brute annuelle médiane en équivalent temps plein s’établit à 69 913 €, mais ce chiffre masque une réalité beaucoup plus fragmentée selon le TJM pratiqué et le nombre de jours effectivement facturés.
La chaîne de calcul que peu d’outils affichent en entier
Le calcul du net en main part du CA HT, dont on retranche les frais de l’entreprise de portage, puis les charges patronales (environ 32 %), avant d’arriver au brut, puis au net imposable après charges salariales, et enfin au net après prélèvement à la source. Une règle d’estimation rapide : net en main ≈ TJM × jours facturés × 0,50, valable pour un TJM entre 350 et 900 €/jour. Le ratio net sur CA HT oscille généralement entre 41 % et 48 % selon les profils.
Trois exemples concrets l’illustrent. Un consultant junior facturant 400 €/jour sur 18 jours touche environ 3 200 € net (ratio 44,4 %). Un profil IT senior à 600 €/jour atteint 4 640 € (43 %). Un consultant confirmé à 900 €/jour perçoit environ 6 700 € net, mais son ratio tombe à 41,4 %, ce qui rend la comparaison avec d’autres statuts pertinente à ce niveau de TJM.
Attention aussi aux frais affichés par les entreprises de portage : les taux annoncés, entre 5 et 12 % du CA HT, excluent souvent la mutuelle, la garantie financière, les frais bancaires ou la RC pro. L’écart entre taux affiché et taux réel peut représenter 2 000 à 4 000 € par an sur 100 000 € de CA. La négociation devient possible à partir de 60 000 € de CA annuel.
Ce que la loi encadre, et ce qui évolue
Le cadre légal repose sur les articles L.1254-1 à L.1254-31 du Code du travail et sur la convention collective IDCC 3219, en vigueur depuis 2017. Un point souvent ignoré : le TJM minimum légal est fixé à 250 € HT par jour. En dessous de ce seuil, le contrat de mission est juridiquement interdit. Par ailleurs, une dénonciation partielle de la convention collective a été actée en juillet 2025 sur la base d’un accord de février 2025 : le cadre conventionnel est donc à surveiller pour quiconque se positionne aujourd’hui.
Simuler son revenu en portage, c’est donc bien plus qu’une simple conversion brut/net. C’est un exercice de réalisme qui conditionne la viabilité du projet. Les ressources dédiées à la gestion d’entreprise peuvent également aider à affiner la comparaison avec d’autres formes d’exercice indépendant.